Karnak dans l’objectif de Georges Legrain
Catalogue raisonné des archives photographiques du premier directeur des travaux de Karnak de 1895 à 1917
Article mis en ligne le 5 septembre 2008
dernière modification le 6 janvier 2009

Il y a cent ans, l’archéologue Georges Legrain découvrait de merveilleux trésors dans la Cour de la Cachette du temple de Karnak. Retour sur un homme d’exception à travers un ouvrage, Karnak dans l’objectif de Georges Legrain (CNRS Éditions) savamment illustré à partir de ses clichés.

L’ombre d’un homme plane sur Karnak, vaste sanctuaire de l’Égypte pharaonique. Celle de Georges Legrain, archéologue. Derrière les colonnes de pierre griffées de hiéroglyphes, derrière les statues de divinités, à chaque détour de cet ensemble de temples vieux de quatre millénaires, on ressent encore la présence de celui qui a ressuscité ces trésors de Haute-Égypte entre 1895 et 1917. Aujourd’hui, Legrain le visionnaire, celui qui a élargi le champ de l’archéologie à la toute jeune photographie, est à l’honneur. Ses clichés, dignes des professionnels de l’époque, ainsi que ceux qu’il avait réunis - provenant de photographes orientalistes -, sont rassemblés dans l’impressionnant livre Karnak dans l’objectif de Georges Legrain. Fruit du travail de Michel Azim et de Gérard Réveillac [1], cet ouvrage de photographies et de commentaires inédits constitue, pour les égyptologues du XXIe siècle, la mémoire de la maison d’Amon et l’héritage de l’œuvre de Legrain.

Georges Legrain et l’architecte allemand, Henri Wefels, lors du classement des blocs du temple édifié sous Amenhotep 1er (détail)

C’est entre 1991 et 1994, alors qu’il était responsable du service photographique du CFEETK [2], que l’idée d’élaborer un livre, à partir des clichés de Legrain, a germé dans l’esprit de Gérard Réveillac. Celui-ci avait compris l’importance de ces centaines de photos conservées au Cepam [3], les traces écrites de Legrain relatant ses travaux à Karnak ayant pour la plupart disparu à sa mort en 1917. Avec le soutien du CNRS, il a alors débuté une enquête minutieuse : attribution des photos, datation, identification des pièces… Un projet qui n’aurait pu se faire sans Michel Azim, architecte-archéologue au Cepam, devenu très rapidement co-auteur. Ce dernier, qui avait aussi exercé son métier durant près de onze ans au CFEETK, a permis d’identifier d’autres fonds comme le fonds Pillet [4] et celui conservé par le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. Michel Azim n’a cessé de puiser dans sa base de données dédiée à l’archéologie de Karnak afin de faire coïncider commentaires et photos et d’effectuer un classement chronologique et topographique exact des chantiers de Legrain. Il a également enrichi l’ouvrage avec des informations inconnues jusqu’alors, provenant de la correspondance adressée, de 1892 à 1915, par Legrain à Maspero, son mentor [5], conservée à l’Institut de France. De son côté Gérard Réveillac a pu retrouver des tirages de Legrain archivés à la Fondation égyptologique Reine Élisabeth de Bruxelles.

© Cliché Legrain/CFEETK
Bijoux gravés sur calcaire. Dernier témoignage de cet ensemble aujourd’hui disparu

Après dix ans de recherches, les deux passionnés ont compilé près de 1 200 clichés. La restitution historique en images des grandes opérations de Legrain dans les ruines de Karnakprend alors forme : déblaiement de l’allée des sphinx, restauration des colonnes de la salle hypostyle surtout après l’effondrement de onze d’entre elles en 1899, découverte de la Cachette, ce lieu insoupçonné auparavant, duquel ont été extraits 750 statues de pierre, 18 000 bronzes et la bague de Néfertiti.

© Cliché Legrain/CFEETK
Vue panoramique, depuis le nord-ouest, de la grande cour du temple d’Amon-Rê (vers 1902)

« Legrain a photographié tous les jours ses travaux en cours, réalisant des petits reportages très innovants pour l’époque qui rendent compte du mouvement des chantiers et des techniques employées », s’exclame Gérard Réveillac. Un homme effectivement étonnant que Georges Legrain, qui, seul, dirigeait 700 ouvriers mais prenait aussi le temps de photographier les travaux. Grâce à lui, l’archéologie est devenue plus méthodique. « Il avait du courage et du talent, mais pour réussir ce qu’il a fait, il avait aussi la baraka. Il fut le premier à dégager des pièces de toutes sortes, à les consolider et à les restaurer. Il n’hésitait pas à fouiller jusqu’au sol antique inondé et même au-delà. Aujourd’hui plus personne ne s’attaquerait seul à des chantiers pareils avec d’aussi faibles moyens », renchérit Michel Azim, admiratif. Une admiration que l’on partage volontiers avec les auteurs au fil des pages.