1878 - 1843 av. J.-C.
Fils et successeur de Sésostris II, ce roi monte sur le trône sous le nom de Khakaourê, "les ka de Rê sont apparus en gloire".
La durée de son règne demeure assez floue : sa plus haute date connue est l’an 19. L’observation du lever héliaque de Sothis (Voir l’article calendrier) relevée en l’an 7, sert de point de repère pour une bonne partie de la chronologie de l’Égypte ancienne. Sésostris III a poursuivi les réformes mises en oeuvre par son prédécesseur.

Le règne de Sésostris III correspond à une période de reprise en main des contrées limitrophes vigoureuse. Plusieurs faits en témoignent en Nubie. Ainsi, la Basse-Nubie est intégrée au territoire égyptien ; un canal creusé par Pépi Ier à Séhel est élargi pour faciliter le passage de la première cataracte. En effet, l’activité militaire en Nubie avait connu un certain relâchement au cours des deux règnes précédents. Des tribus nubiennes étant remontées vers le nord jusqu’à la seconde cataracte, quatre campagnes (an 8 - 10 - 16 et 19) sont alors nécessaires pour mettre fin à l’hostilité des populations locales qui acceptent mal le joug égyptien. La frontière est établie à Semna au sud de la deuxième cataracte. Le dispositif militaire est désormais achevé avec un verrou formé de huit forteresses massives installées à intervalles réguliers entre la première et la seconde cataracte.
L’accès à la vallée du Nil est ainsi interdit aux Nubiens activement contrôlés. Leurs contacts avec le monde égyptien sont étroitement surveillés et un comptoir d’échange est installé à Mirgissa.

Sésostris III est perçu comme le fondateur de l’empire nubien en Égypte et, partant, divinisé dans cette région. Il reçoit un culte à Ouronarti où une chapelle lui est dédiée et il est considéré comme un intercesseur divin à Bouhen où il offre la vie à Thoutmôsis III (XVIIIe dynastie).
L’expansionnisme égyptien est aussi marqué en Asie.
La prise de la cité de Sichem, située dans la région du mont Ephraoem se produit sous son règne. Les textes d’exécration sont aujourd’hui datés pour la plupart de cette époque : l’importance de la section asiatique témoigne de l’implication égyptienne contemporaine au Moyen Orient.

Mais son activité ne se limite pas à l’intensification de la reprise en main à l’extérieur. Il fait face à la menace intérieure que constituaient les dynasties héréditaires des féodaux. L’appareil administratif est réorganisé : les hautes charges sont fonctionnarisées ; une multitude de charges mineures sont placée sous le contrôle de vizirs au nombre de trois (pour le Nord, le Sud et la Nubie). On assiste alors à la montée d’une classe moyenne corroborée par l’apparition de monuments funéraires privés de qualité variable. Les ateliers d’artisans locaux connaissent de ce fait un développement sans précédent. La disparition des cours provinciales entraîne en revanche une diminution de l’importance des nécropoles régionales.
Le complexe funéraire royal est érigé à Dahchour, fait qui souligne l’attache à la royauté memphite. Si les superstructures de brique crue font piètre figure, les appartements souterrains sont impressionnants avec leurs corridors plaqués de calcaire blanc menant vers une chambre funéraire en granit. Trois barques de bois furent découvertes dans l’angle sud-ouest du complexe. En 1895, Jacques de Morgan découvrit des tombes de princesses livrant d’étonnants trésors d’orfèvrerie. Un siècle plus tard, en 1994, le site vient de livrer la tombe de la reine Nofret, contenant son sarcophage et ses bijoux.

Sésostris III érigea un temple en l’honneur du dieu Montou à Médamoud. La statuaire royale révèle une physionomie unique, reflétant les conceptions nouvelles de la royauté égyptienne : le souverain apparaît comme un homme sur les épaules duquel repose la lourde charge d’une nation devant faire face à une nouvelle situation internationale réclamant une énergie sans faille ; la fatigue pèse sur les traits du roi qui conserve un corps d’athlète. Le règne de Sésostris III a aussi livré des documents privés de grande valeur sur le culte d’Abydos : ainsi la stèle d’Iykhernofret qui relate pour la première fois en détail le déroulement des mystères osiriens. Les papyrus de Kahoun mentionnent pour leur part une série d’hymnes au roi qui éclairent avec précision les conceptions liées à la royauté : en particulier les relations existant entre le souverain et les dieux d’une part, le roi et ses sujets d’autre part.

La légende vante les hauts faits de Sésostris III avec ceux de deux de ses prédécesseurs portant le même nom de naissance, tout en confondant probablement aussi ce roi avec Ramsès II. Cet amalgame donna naissance à la figure haute en couleurs de Sésostris, archétype du souverain égyptien dont les faits héroïques sont rapportés par Hérodote et Diodore de Sicile.