Thoutmôsis Ier
Article mis en ligne le 30 juillet 2021
dernière modification le 11 juillet 2021

Pharaon de la XVIIIe Dynastie

1493 - 1481 av. J.-C.

Ce roi monte sur le trône, sous le nom d’Aakhéperkarê, "Grande est la Manifestation de ", succédant à Aménophis Ier sans lien familial apparent avec ce dernier.

Linteau en calcaire au nom de Thoutmôsis Ier montrant le Dieu Seth offrant la vie au faucon Horus

Si sa mère - une certaine Séniseneb - est connue, on ignore le nom de son père. Certains ont voulu voir en lui un neveu ou un cousin d’Aménophis Ier. D’autres pensent au contraire qu’il pourrait être un compagnon d’armes d’Aménophis Ier, un officier qui mérita la confiance d’un souverain fondateur d’une nouvelle lignée, mais sans descendance.
Thoutmôsis Ier épouse Ahmès qui, bien que grande épouse royale. et malgré son nom, ne paraît pas apparentée à la famille royale. Certains supposent qu’elle pourrait être une fille d’Aménophis Ier : elle aurait été pour lui, en pareil cas, la clé de sa légitimité. Elle lui donne une fille nommée Hatchepsout dont on connaît le destin et une autre enfant, Nefreroubity, qui meurt en bas âge. Une concubine royale nommée Moutnéferet lui donne en revanche le fils et successeur qui lui faisait défaut : il prendra le nom de Thoutmôsis II. Deux frères aînés, Amenmès et Ouadjmès, ne lui survivent pas. Pour le second, une chapelle funéraire est édifiée dont on découvrit la trace près du Ramesseum.
La durée du règne de Thoutmôsis Ier est connue : 11 ans et neuf mois. Le roi consolide l’œuvre de son prédécesseur ; il donne tournure à une ligne politique, exemple suivi pas ses successeurs de la XVIIIe dynastie. C’est en effet un militaire, un combattant, comme en témoigne l’adjonction à sa titulature de l’épithète Taureau Puissant, courante, par la suite, dans les protocoles royaux. Le début du règne, l’an II exactement, marque un intérêt pour la Nubie, où ce roi mène une expédition pour mettre fin à un soulèvement.
Sans doute s’agit-il là d’un prétexte pour faire une démonstration de force aux Nubiens prêts à la révolte dès lors que l’Égypte connaît des difficultés. Ces épisodes sont connus par les biographies de deux de ses officiers, Ahmès, fils d’Abana et Ahmès Pennekhbet, originaires tous deux d’Elkab. Thoutmôsis Ier passe la frontière fixée à la deuxième cataracte à la XIIème dynastie ; il atteint sans nul doute la quatrième cataracte (stèle de Kourgous) avant d’étendre la domination égyptienne à la troisième cataracte (stèle de Tombos).
Cette présence est, bien entendu, concrétisée par l’érection d’une forteresse ; elle s’accompagne d’un nouveau découpage administratif de ce qui apparaît désormais comme le domaine nubien de la Couronne. Cinq districts sont placés sous l’autorité de princes nubiens. A son retour, en l’an III, Thoutmôsis Ier fait dégager le canal de Séhel, dans la perspective d’un développement des relations avec le Sud.

Sarcophage de Thoutmôsis Ier

Cette politique expansionniste, qui permet de renflouer le Trésor royal, est aussi tournée vers le Nord et le Proche-Orient. Le roi, à la tête de ses armées, se lance dans une longue expédition qui le mène jusqu’à la fameuse cité de Karkémich et aux rives de l’Euphrate. Il y érige des stèles-frontières, détail montrant que l’Egypte n’agit plus en fonction d’une politique défensive mais dans la perspective d’établir une véritable hégémonie : elle cherche à créer un glacis aux marges de l’Egypte, à constituer une protection active et efficace. Ces provinces nouvellement assujetties participent à l’opulence du Double-Pays, voisin puissant offrant en échange sa protection et sa civilisation.
Les armées égyptiennes n’ont aucun mal à dominer la mosaïque de cités-états qui se déploie dans le couloir syro-palestinien. Plus au nord, cependant, elle doit compter avec une force plus considérable, le Mitanni, royaume tour à tour allié et ennemi de l’Egypte, en fonction de la nature de ses propres intérêts. De ce fait, Thoutmôsis Ier modèle la politique égyptienne au Proche-Orient pendant toute la XVIIIe dynastie jusqu’à l’émergence d’une nouvelle puissance redoutable : les Hittites. Une anecdote veut qu’au cours de la campagne asiatique, Thoutmôsis Ier participa à plusieurs reprises à une chasse à l’éléphant.
La dimension asiatique de l’empire égyptien conduit à un rééquilibrage politique et géographique. Thoutmôsis Ier, sans négliger Thèbes, capitale dynastique, développe la vieille capitale memphite. Il fait en outre aménager un port fluvial sur la branche pélusiaque - Perounefer - destiné avant tout aux relations avec les Echelles, fonde un palais et installe une puissante garnison comprenant les régiments de charrerie qu’il place sous le commandement du prince Amenmès.
A Karnak, Thoutmôsis Ier développe le temple d’Amon vers l’occident. Les travaux sont placés sous la direction d’Inéni qui sert déjà Aménophis Ier. Le temple de calcaire de Sésostris Ier est précédé par deux hautes portes monumentales, formant les quatrième et cinquième pylônes, structures de grès revêtues de calcaire. L’espace situé entre ces deux masses de pierre est occupé par une salle hypostyle, pourvue d’une unique rangée de supports de bois et entourée de statues osiriaques aux traits du souverain. Un mur, sans doute de brique, ceint cet ensemble et le cœur du temple-jardin du Moyen Empire est complété par Aménophis Ier. Devant la porte occidentale sont érigés deux obélisques de granit rose. Des fondations moins imposantes sont attestées à Karnak-Nord, Deir el-Bahari, Abydos, Armant, Médinet Habou, Gîza, Aniba, Bouhen, Eléphantine, Qasr Ibrim, Saï, Semna, El-Hibe et Sérabit el-khadem.
Inéni est aussi chargé du creusement de la tombe royale située pour la première fois dans le ouâdi qui allait devenir la Vallée des Rois. Il fonde officiellement le village ouvrier de Deir el-Médîna dont l’activité avait été inaugurée au cours du règne précédent. Une nouvelle composition funéraire, à l’origine écrite sur papyrus, le Livre de l’Amdouat, y fait son apparition. On ne sait si Thoutmôsis Ier reposa longtemps dans sa tombe. En effet, sa fille Hatchepsout avait prévu de reposer auprès de son propre père dont le sarcophage et la dépouille devaient être déménagés dans sa propre tombe royale. La momie de Thoutmôsis Ier est cependant parvenue jusqu’à notre époque : elle a été retrouvée dans la Cachette sacerdotale de Deir el-Bahari. L’existence de sa fondation funéraire, Khenemet-Ankh, Celle qui s’unit à la Vie, n’est connue que par des textes. Néanmoins, Hatchepsout lui dédia une chapelle de culte pourvue d’une stèle fausse-porte de granit (aujourd’hui au Louvre) dans son propre temple de Millions d’Années. Son culte perdura jusqu’à l’époque ramesside.