Séqénenrê Taâ
Article mis en ligne le 8 avril 2015
dernière modification le 28 janvier 2015

Séqenenrê Taâ [1] est un roi égyptien de la XVIIe dynastie dont le règne se situe aux alentours de -1558 à -1554 [2]

Comme ses obscurs prédécesseurs, il régnait sur la Haute-Égypte depuis Thèbes alors que les Hyksôs régnaient dans le delta du Nil depuis la cité d’Avaris. Formant la XVe dynastie, ces derniers faisaient valoir leur souveraineté sur toute l’Égypte.

Sous son règne semble s’organiser la résistance face à l’occupant Hyksôs, qui mènera bientôt, sous ses deux successeurs Kamosé et Ahmôsis Ier, à la guerre de libération.

Séqenenrê Taâ meurt de mort violente et est inhumé à Dra Abou el-Naga.

Séqénenrê Taâ, suivant l’analyse de sa momie, est mort entre trente et quarante ans. Il voit son fils aîné Ahmès [3] mourir avant lui, et laisse, outre de nombreuses filles, un autre Ahmès, futur Ahmôsis Ier, en bas âge. Outre sa sœur et principale épouse Ahhotep Ire, il s’unit à sa sœur Satdjéhouty et peut-être également à une fille et épouse royale Ahmès-Inhapy, qui lui donnent chacune une fille.

La plupart des enfants de Séqénenrê, sinon tous, ont pour prénom Ahmès [4], tiré du nom de la lune Iâh, bien que les filles royales sont généralement distinguées par un second prénom. Cette prédilection pour les anthroponymes tirés de l’astre nocturne, ainsi que du dieu Thot qui lui est associé [5], déjà présente avant le règne de Séqénenrê dans une moindre mesure, atteste d’un culte lunaire durable au sein de la famille royale.

La stèle d’Ahmôsis Ier à Karnak fait l’état civil complet d’Ahhotep et permet ainsi de situer les membres de la famille royale les uns par rapport aux autres : « épouse du roi (Séqénenrê Taâ), la sœur du souverain, (Kamosé ?), la fille du roi (Sénakhtenrê Ahmosé), l’auguste mère du roi (Ahmôsis Ier) ». Séqénenrê Taâ est ainsi considéré par de nombreux spécialistes comme le frère de Kamosé et non son père, ou éventuellement appartenant à une branche collatérale.

Titulature

Séqénenrê a longtemps été désigné par les sources égyptologiques comme le second pharaon a porter le nom de naissance (ou nom de Sa-Rê) Taâ (ou Ta’a ou Ta’o). On le trouve donc couramment nommé Séqénenrê Taâ II.

Cette classification était basée sur la foi d’un papyrus de l’inspection des tombes royales de Thèbes Ouest qui contient un rapport de la XXe dynastie. Selon ce document le premier pharaon à avoir porté le nom de Taâ était Sénakhtenrê, le père de Séqénenrê.

Or on sait aujourd’hui que cette attribution est fondée sur une interprétation erronée de la fin du Nouvel Empire. Cette erreur a été confirmée récemment par la découverte à Karnak d’éléments d’une porte de Sénakhtenrê dont les légendes hiéroglyphiques donnent trois des cinq noms du roi, révélant qu’il portait en fait le nom de naissance de Ahmosé.

Il faut donc considérer désormais Séqénenrê comme le seul pharaon à avoir été nommé Taâ.

Règne

Les souverains de la XVIIe dynastie semblent avoir connu une période de paix relative avec leurs voisins du nord, d’une durée possible de 25 ans [6]. Mais le conte relatant la querelle du roi thébain contre le souverain Hyksos d’Avaris, et la momie du roi Taâ, évoquant explicitement la mort violente que connut celui-ci, suggèrent que les hostilités contre les Hyksôs de la XVe dynastie reprirent sous son règne. Cependant, la carence de documentation ne permet pas de définir plus précisément les actions de ce roi.

Aucune trace d’activité architecturale des prédécesseurs de Séqénenrê Taâ n’a été découverte au nord d’Abydos. Or, Kamosé, qui succède à Taâ décrit ainsi les frontières de son royaume lors de son avènement : depuis Éléphantine au sud, jusqu’à Cusae [7] en Moyenne-Égypte. La zone située entre les villes d’Abydos et Cusae représenterait donc le territoire reconquis par Séqénenrê Taâ sur les autorités locales inféodées aux Hyksôs, avant finalement de périr, sans doute sous les haches hyksôs.

Durant son règne est édifié un palais de grandes dimensions, sur le site de Deir-el-Ballas à quarante kilomètres au nord de Thèbes. On y a trouvé des traces d’activité militaire et le site servait notamment de casernement pour les troupes armées du roi thébain. Compte tenu des poteries et outils de style nubien (Kerma) découverts sur le site, on sait que de nombreux Medjaiou, nubiens du désert oriental destinés à jouer un grand rôle dans la reconquête du pays, y vivaient à côté des égyptiens.

La querelle d’Apophis et de Séqénenrê

Un conte égyptien recopié sous la XIXe dynastie et intitulé « La querelle d’Apophis et de Séqénenrê »Note 8, qui nous est parvenu malheureusement de manière très fragmentaire, rapporte un échange curieux entre Apophis, souverain hyksôs de l’Égypte régnant depuis Avaris, et le roi de Thèbes. Apophis demande à Séqenenrê de chasser les hippopotames de son étang, car leurs bruits incommodent le pharaon et l’empêchent de dormir la nuit.

Considérant la distance entre Thèbes et Avaris, ce message ne peut avoir qu’un sens caché, ou symbolique. Il s’agirait vraisemblablement pour le souverain du nord d’affirmer sa souveraineté sur son vassal du sud.

« Qu’un messager aille vers le chef de la ville du Midi pour lui dire : Le roi Râ-Apôpi, v.s.f, t’envoie dire : Qu’on chasse sur l’étang les hippopotames qui sont dans les canaux du pays, afin qu’ils laissent venir à moi le sommeil, la nuit et le jour...  »

Une analyse possible de cette histoire, selon Gaston Maspero, est la suivante : le roi Séqénenrê, après avoir hésité longuement, réussit à se tirer du dilemme embarrassant où son puissant rival prétendait l’enfermer. Sa réponse, pour s’être faite attendre, ne devait pas être moins bizarre que le message d’Apophis, mais rien ne permet de conjecturer ce qu’elle était.

Une autre interprétation est avancée par Christopher Knight et Robert Lomas : Apophis est comme tous les rois hyksôs (littéralement, les « souverains étrangers »), qui veulent imiter le modèle de gouvernement égyptien et se désignent eux-mêmes comme des pharaons, intégrant les éléments égyptiens dans leur propre culture. La demande d’Apophis doit être comprise comme l’exigence de se voir révéler certains secrets de résurrection par l’utilisation des symboles : la nuit pour la mort, le sommeil pour le voyage et le combat pour la résurrection, et le jour pour la résurrection elle-même, telle que l’a vécu Osiris dans la légende), afin de faire taire les « hippopotames », au sens de ceux qui font beaucoup de bruit en parodiant les cérémonies de résurrection, mais qui ne détiennent pas les véritables secrets... Cette hypothèse pourrait expliquer la réaction brutale des protagonistes, et la mort violente de Séqénenrê Taâ. Les auteurs vont même plus loin en faisant le rapprochement avec la légende du meurtre d’Hiram, assassiné pour avoir refusé de divulguer des secrets ancestraux, tant certains faits évoqués sont proches.

Sépulture

Enterré dans la nécropole royale de Dra Abou el-Naga, la tombe de Séqénenrê Taâ, située dans une succession logique à côté de celle de Kamosé, est recensée dans l’inspection des tombes mentionnée sur le papyrus Abbott sous la XXe dynastie. Comme beaucoup d’autres, son corps fut ultérieurement sorti de sa tombe et déplacé pour le protéger des pilleurs de tombes. Il fut installé dans la cache de Deir el-Bahari

L’élément le plus célèbre concernant ce pharaon est sa momie : elle a été embaumée à la hâte après une mort manifestement très violente ; le crâne de Taâ porte encore de nombreuses blessures qui semblent avoir été infligées par des armes hyksôs. La signification de cette mort au combat a été interprétée de deux façons : soit Taâ II a tenté de reconquérir le nord, mais il est mort au combat, soit il a été attaqué lui-même et vaincu.

Cette momie singulière, retrouvée intacte, est aujourd’hui conservée au musée du Caire