
Par un deuxième pylône, où l’on voit Ptolémée XII faisant des offrandes devant plusieurs divinités, on pénétrait dans une autre cour du temple d’Isis, suivie d’un vestibule à colonnes et de diverses antichambres. Dans le saint des saints subsiste le tabernacle en granite que l’on nomme naos et qui autrefois abritait la statue cultuelle d’Isis. Un escalier conduit à la chapelle d’Osiris, où des cérémonies étaient célébrées pour la mort du dieu. À l’ouest, une porte monumentale édifiée par l’empereur Hadrien est ornée de scènes osiriennes et d’une représentation célèbre des sources du Nil.
À l’est du temple d’Isis se trouvait le petit sanctuaire d’Hathor, déesse de l’Amour, commencé par les Ptolémées et continué par Auguste. Sur les colonnes, des animaux jouant d’instruments de musique semblent annoncer les reliefs grotesques de certains chapiteaux romans. Le dieu Bès, protecteur de l’amour et des accouchements, danse et joue du tambourin ou de la double flûte afin de chasser les démons malfaisants.
Plus au sud, le kiosque de Trajan dresse ses élégantes colonnes. Sur l’île s’élevaient encore bien d’autres monuments, comme le temple d’Harendotès, c’est-à-dire « Horus vengeur de son père », ou celui d’Auguste ; un autre était consacré à Imhotep, l’architecte de Djéser, divinisé par la suite ; deux nilomètres permettaient de mesurer le niveau du fleuve.
La renommée de Philae fut immense dans l’Antiquité. De très loin on venait en pèlerinage dans le temple d’Isis. Même après l’interdiction du paganisme en Égypte par Théodose, les Blemmyes, qui vénéraient tout particulièrement Isis, obtinrent le maintien des sanctuaires de Philae, qui restèrent ouverts jusqu’au VIe siècle, sous le règne de Justinien ; des églises chrétiennes furent alors installées sur le site.
Les chefs-d’œuvre d’architecture de Philae apparurent condamnés lorsqu’au début de ce siècle on érigea le barrage d’Assouan ; les ruines devaient être désormais immergées presque totalement durant la plus grande partie de l’année ; elles ne devenaient accessibles que pendant quelques semaines d’été, lorsqu’on ouvrait le barrage pour permettre aux eaux limoneuses et fertilisantes de s’écouler dans la vallée. Paradoxalement, Philae a pu être sauvée grâce au haut barrage d’Assouan (le Sadd al‘Ali) construit à quelques kilomètres en amont. Dans le cadre de la campagne de sauvetage des monuments de la Nubie, on avait pensé tout d’abord protéger l’île par une série de trois barrages annexes qui prendraient appui sur la rive du fleuve d’une part et sur la grande île de Biggeh d’autre part. Mais les difficultés techniques et surtout le coût de l’opération ont fait écarter ce projet. La solution finalement adoptée fut celle du transfert des temples de Philae dans la petite île d’Agilkia, à 300 mètres plus au nord. Cette entreprise gigantesque a été menée grâce au concours de l’U.N.E.S.C.O. qui a lancé une campagne internationale en vue de réunir les fonds nécessaires. La première phase des travaux, commencés en 1972, a consisté à édifier des batardeaux préserver temporairement les monuments de Philae tout en aménageant l’îlot d’Agilkia en vue de sa nouvelle destination. L’opération de démontage a duré trois années pleines de mai 1974 à mai 1977, et deux ans furent ensuite nécessaires pour reconstituer minutieusement le puzzle sur Agilkia. Depuis le 10 mars 1980, jour de l’inauguration du site, Philae est de nouveau accessible aux visiteurs.