Patron du nome de Thèbes avant d’être peu à peu supplanté par Amon, Montou, qui garda néanmoins une importance certaine tout au long de l’histoire égyptienne, resta le seigneur de quatre temples de la région de Thèbes : Tôd, Ermant, Medamoud, auxquels s’ajoute le sanctuaire situé dans l’enceinte même de Karnak.
Le sanctuaire méridional de Montou
C’est sur le site de Tôd, sur la rive est du Nil, que se dressait le sanctuaire thébain le plus méridional du dieu guerrier Montou, divinité représentée à la fois comme un homme à tête de faucon et comme un taureau (deux animaux réputés pour leur combativité).

Sis à 20 Km au sud de Louxor, le village moderne d’et- Tôd, où sont encore visibles quelques vestiges du temple, faisait à l’époque pharaonique office de poste méridional avancé de Thèbes. Un bloc de granit rouge mis au jour par le Français Bisson de La Roque en 1937 et inscrit du cartouche d’Ouserkaf, roi de la Ve dynastie, permet de supposer que dès l’Ancien Empire une chapelle existait à cet endroit au moins sous la forme d’un oratoire essentiellement en brique. Mais ce n’est que sous le règne de Montouhotep II (XIe dynastie) que le sanctuaire de cet obscur dieu local prend quelque importance. Fondateur officiel du Moyen Empire, ce souverain réunifia l’Égypte après l’époque de troubles politiques et sociaux qui avait succédé à l’Ancien Empire. Originaire de la région thébaine, il entreprit de mettre en valeur à la fois son nome et son dieu tutélaire Montou. Ainsi Montouhotep - dont le nom signifie « Montou est satisfait » - engagea la réfection de nombreux temples de Haute Égypte, Tôd et Ermant, mais .aussi Gebelein, Dendérah, Abydos, etc.
Le trésor de Tôd : un trésor du Moyen Empire ou du Nouvel Empire ?
L e sanctuaire de Montou à Tôd fut entièrement rebâti sous la XIIe dynastie, elle aussi originaire de la région thébaine. C’est à Sésostris Ier que l’on doit par exemple le naos en calcaire. C’est à cette même dynastie que fut dans un premier temps attribué le dépôt du célèbre trésor découvert dans les fondations du temple en 1936 grâce aux fouilles menées sous l’égide de l’IFAO. Ce trésor, aujourd’hui réparti entre les musées du Louvre et du Caire, consiste en quatre coffrets en cuivre de type égyptien dont deux au moins portent le nom d’Amenemhat II (XIIe dynastie). Ils contenaient du lapis-Iazuli brut, des cylindres et des amulettes portant des inscriptions cunéiformes et sous diverses formes, des métaux précieux (lingots d’or et d’argent), ainsi que des objets en bronze. La présence de pièces de type égéen et la mention du nom d’Amenemhat II, roi qui développa les relations commerciales avec l’étranger - Pount (l’actuelle Somalie ?), Syro-Palestine et Chypre, amena d’abord les chercheurs à considérer le trésor de Tôd comme le témoignage unique d’un commerce direct dès le Moyen Empire avec les contrées helléniques. Cette hypothèse est désormais largement abandonnée. Non seulement les objets de type égéen purent pénétrer en Égypte via la Syro-Palestine, mais on sait que des pièces similaires étaient fabriquées en Syrie même. Des travaux récents tendent par ailleurs à prouver que, contrairement à ce que semble indiquer la présence du nom d’Amenemhat II, le trésor de Tôd n’a pas été offert à Montou au Moyen Empire, mais au Nouvel Empire, sous le règne de Thoutmosis III (XVIIIe dynastie). Cette nouvelle datation invalide du même coup la théorie selon laquelle le trésor de Tôd aurait été un dépôt de fondation, c’est-à-dire aurait fait partie des offrandes déposées dans les tranchées au cours du rite de fondation du temple.

Tôd au Nouvel Empire et à l’époque gréco-romaine
Sous la XIIIe dynastie puis le Nouvel Empire, le temple de Tôd continue à s’agrandir, malgré l’essor croissant de Thèbes et la prééminence d’Amon, qui tend à supplanter Montou comme patron de la région. Thoutmosis III bâtit ainsi une chapelle-reposoir, aujourd’hui en partie conservée, pour recevoir la barque du dieu lors des processions vers Ermant. D’autres rois engagent des restaurations, dont Aménophis II, Séthi Ier, Ramsès III et Ramsès IV. Les souverains de la Basse Époque puis de la période gréco-romaine ne seront pas en reste. Ptolémée VIII Évergète II fait ainsi ériger un pronaos en grès pour englober le naos en calcaire de Sésostris Ier. L’empereur romain Antonin laissera lui aussi son empreinte sur le site.
Les Dieux de Tôd
Montou n’était pas le seul dieu honoré à Tôd. On y rencontre aussi Tjenenet, déesse qui lui est très tôt associée, ainsi que Rêttaouy « le Soleil féminin des Deux Terres », qui devient sa parèdre attitrée à partir du Nouvel Empire Les divinités féminines à caractère guerrier, telles que la lionne Sekhmet et l’asiatique Astarté, sont aussi présentes à cette époque, tout comme évidemment l’incontournable Amon.

Tôd, une concession française
Les fouilles à Tôd sont depuis des décennies menées par des équipes françaises. Très tôt, le musée du Louvre et l’IFAO y ont travaillé en étroite collaboration. Parmi les savants qui s’y sont succédé, on peut citer Fernand Sisson de La Roque, Étienne Drioton, Jacques Vandier, Paul Sarguet,
Charles Kuentz, Georges Posener, Jean Vercoutter et Jean-Claude Grenier, aujourd’hui professeur à l’université Paul-Valéry à Montpellier. Le relevé des textes du temple ptolémaïque et romain fut publié par l’IFAO. Les travaux ne sont pas complètement terminés et se poursuivent aujourd’hui, toujours sous l’égide de l’IFAO.
