Peu de vestiges archéologiques importants ont été mis à jour sur le site. En partie du au fait que la région très fertile a toujours été très peuplée et a donc servi de carrière, mais aussi parce que le nombre de campagne de fouille effectué n’a pas été très important.
Pourtant la ville a joué un rôle important dans l’histoire égyptienne. Capitale du vingtième nome de Haute-Egypte, elle fut aussi capitale de l’empire.
La capitale des pharaons oubliés
Le dieu local protecteur de la cité était Héry-chef, Arsaphès en grec, (« celui qui est sur son lac »). Il fut identifié avec le héros grec Héraclès à l’époque tardive, d’où le nom de la cité Héracléopolis Magna (« cité d’Héraclès »), mais le nom antique de la ville en égyptien était Hout-nen-nésout (« le château de l’enfant royal »), d’où est tiré le vocable moderne d’Ehnassiya.
La ville prit de l’importance pendant la Première Période Intermédiaire (2200-2000 avant J.C.), lorsque les nouveaux pharaons de la IXe dynastie qui contrôlaient le nord du pays s’installèrent à Héracléopolis. La domination des IXe et Xe dynastie dura pendant près de deux cent ans jusqu’à ce qu’ils soient chassés par Montouhotep Nebheteprê, gouverneur du none thébain qui réunifia le pays, inaugurant du même coup la XIe dynastie et le Moyen Empire.
On sait peu deux choses sur les pharaons héracléopolitains, hormis qu’ils revendiquaient l’héritage des rois memphites de l’Ancien Empire. Certains d’entre eux choisirent ainsi d’être enterré dans la nécropole memphite de Saqqarah, notamment Merikarê, pharaon de la Xe dynastie dont la tombe se trouve dans une pyramide édifiée non loin du complexe de Téti, roi de la VIe dynastie.
Le temple d’Hérychef
Héracléopolis est donc une place clef pour comprendre cette période obscure de l’histoire égyptienne. Le site a été fouillé une première fois en 1904 par Flinders Price après que E. Naville l’eut visité en 1891-1892. Une deuxième campagne, mené selon les méthodes modernes, eut lieu en 1966. Conduite par l’Espagnol L. Lopez, elle concerna particulièrement le secteur du temple d’Hérychef dont les vestiges ne remontent pas au-delà de la XIIe dynastie, la XIe dynastie thébaine l’ayant soit abandonnée, soit dévastée. Les pharaons de la XIIe dynastie, eux, se préoccupèrent de faire rebâtir la cité. Cela leur permit d’asseoir leur légitimité en se posant en héritier de la Xe dynastie memphite et de l’Ancien Empire. Cette reconstruction s’inscrivait aussi dans un programme architectural plus vaste concernant la mise en valeur du Fayoum, près duquel ils avaient installé leur nouvelle capitale, Licht.
Renouveau au Nouvel Empire
Le temple d’Hérychef est donc connu surtout depuis sa restauration sous la XIIe dynastie. Il n’en reste pourtant que quelques rares statues et éléments architecturaux réemployés dans des bâtiments ultérieurs. Le sanctuaire sera d’ailleurs entièrement reconstruit sous la XVIIIe dynastie ainsi que par Ramsès II. Le temple ramesside comportait notamment une cour à portique bordé de colonne palmiformes, un pronaos et trois naos. Cet édifice fut à son tour remplacé par un sanctuaire de dimension plus modeste à la Basse Epoque entres les XXIVe et XXXe dynasties. Il fut ensuite une nouvelle fois restauré à l’époque gréco-romaine. Cette suite quasiment ininterrompue de travaux s’expliquent par la position stratégique du site qui lui permit de toujours garder une certaine importance. La ville servit ainsi de point de ralliement aux tributs libyennes qui s’emparèrent du pouvoir en Egypte et fondirent les XXIIe et XXIIIe dynasties. Elle servait aussi de débouché pour les caravanes venant des oasis de Bahariya et de Siouah. Elle devient une grande métropole sous la XXIe dynastie, qui avait établit sa capitale à Tanis dans le delta du Nil, et ne contrôlait que la Basse Egypte. Les prêtres de Thèbes exerçaient, eux, leur domination jusqu’à El-Hibeh. Le clergé d’Héracléopolis contrôlait la région entre ces deux zones d’influences. Les rois libyens des XXIIe et XXIIIe dynastie, qui établirent leur capitale à Bubastis firent en sorte de nommer leurs fils à la tête du clergé d’Hérychef.
Les nécropoles
Si certains des pharaons des IXe et Xe dynasties se firent inhumer sur le site de Saqqarah, ce ne fut pas le cas des notables de leurs cours. Les archéologues de l’expédition espagnole de 1966 ont en effet dégagé une série de tombes de fonctionnaire datant soit de la Première Période Intermédiaire, soit du Moyen Empire, comme tendrait à le prouver la découverte de Textes des Sarcophages dans certains sépulture ainsi que leur style caractéristique. Situé à 300 m au sud du temple le site permit de nombreuses découvertes : De nombreuses fausses portes et diveres stèles conservées aujourd’hui au musée du Caire.
Le cimetière de Sedment
La nécropole originelle se situait pour sa part à 7 km à l’ouest de la cité. On y a retrouvé des tombes remontant aux IIe et IIIe dynasties. D’autres sont attribuées aux VIe, IXe et Xe dynasties. Le cimetière fut sans doute abandonné par la suite, les dignitaires du Moyen Empire se faisant enterrer aux abord méridionaux du temple d’Hérychef.
Il fut de nouveau employé au Nouvel Empire et jusqu’à la Troisième Période Intermédiaire. C’est sur ce site que fut mis à jours les deux statues de Méryêhachetef, haut fonctionnaire de la VIe dynastie, qui se fit représenter jeune puis vieux.
On peut penser que c’est due ce site aussi, que c’est du même endroit qu’est sans doute originaire le papyrus de Sedment, aujourd’hui conservé à Berlin. Daté du début du Moyen Empire, ou peut être même de la Première Période Intermédiaire, ce texte écrit en hiératique comporte une liste d’offrande et certaines des formules du Textes des Sarcophages habituellement gravé à l’intérieur des cercueils. Ce texte comporte aussi la dédicace d’un fils à son père défunt Sedekh, en échange de quoi celui-ci devra le soutenir dans l’au-delà et veillé à ce que les dieux soient favorables aux naissances de la famille.
La majorité des tombes de Sedment datent du Nouvel Empire. On y a retrouvé des sarcophages et des stèles appartenant à des grands prêtres du clergé d’Hérychef, des hauts dignitaires et des militaires (membres de la cavalerie ou chef des archers). On y a exhumé aussi les tombes de Parahotep et Rahotep, vizirs de Ramsès II et originaires de la région.
Naville au XIXe siècle, y a aussi découvert nombres de sarcophage en bois datant de la Basse Epoque.
Le cimetière de Dechacheh
Cette petite nécropole du Moyen Empire regroupe les tombes des hauts fonctionnaires du vingtième nome. Elle se présente sous la forme d’Hypogées creusés dans la falaise. On distinguera surtout celle d’Inti, décorée d’une scène atypique, de forteresse asiatique assiégée.
Les rois Héracléopolitains dans la littérature
Une sagesse nommée Enseignement pour Mérikarê, probablement écrite sous le Nouvel Empire, décrit l’enseignement donné par le pharaon Khéty à son successeur, le prince Mérikarê. Ces deux personnages sont apparemment inspirés des souverains d’Héracléopolis. Le Conte du Paysan, une autre oeuvre datant de la XIIe dynastie, nous conte l’histoire d’un paysan plaidant sa cause devant Rensi, fils de Mérou, un représentant du roi. L’histoire est située à Héracléopolis et le roi est Nebkaourê, un pharaon de la IXe ou Xe dynastie. Il s’agit la d’une oeuvre majeure de la littérature égyptienne exposant clairement pour la première fois l’idéologie égyptienne : Le principe de Maât, principe de réciprocité comme garantie de l’équilibre cosmique et social.