Ramsès II règna sur un empire qui s’étendait de Syrie en Asie à Napata, en Nubie. Cet immense territoire et surtout les échanges commerciaux qui ne cessent de se développer dans le bassin méditérrenéen poussèrent pharaon à créer une nouvelle capitale aux frontières de l’Asie, dans le Delta oriental du Nil. Ce sera Pi-Ramsès, "la maison de Ramsès".
Soucieux à la fois de maintenir l’unité de l’Egypte et de répondre aux métamorphoses successives d’un monde méditérannéen en pleine mutation, Ramsès II décide d’abandonner Thèbes. Par nécessité geo-politique, sa nouvelle capitale doit être établie au confluent des nouvelles routes commerciales. Ramsès II implantera donc Pi-Ramsès dans le Delta oriental du Nil.
Le site exact est encore soumis à plusieurs interprétations. Pour l’egyptologue Pierre Montet il s’agit du site de Tanis ou il mis à jour entre 1929 et 1939 un temple d’Amon, des sanctuaires dédiés à Horus, Mout et Khonsou, un lac sacré, vingt trois obélisques, un grand nombre d’habitations privées et des tombes encore intacte des XXIe et XXIIe dynasties. Pour l’Egyptien Mahmoud Hamza la "ville turquoise" aurait été batie sur le site de Qantir, situé à une vingtaine de kilometre de Tanis, il y a mis à jour une multitude d’objets datant de la XIXe dynastie : poteries, mosaïques, dalles, faïences ainsi que des ostracas et des blocs de granit provenant d’un sanctuaire et des huisseries portant les noms de fonctionnaires de Ramsès II.
En l’espace de quelques années, sous la férule de May, l’architecte de Ramsès, une cité somptueuse voit le jour avec ses temples, ses palais, ses maisons d’habitations, ses bâtiments administratifs, ses quartiers d’artisan et surtout, ses casernes, où les armées de mer et de terre sont cantonnées à proximité des frontières asiatiques. La ville et le port sont établis à la jonction de deux bras du Nil : Ceux que l’on appellait "les eaux d’Avaris" à l’est et "les eaux de Rê" à l’ouest. Le port doté de vastes dock pouvait acceuillir de nombreux bateaux etait facilement accessible depuis la Méditérranée. Ramsès implante son palais au sud de la ville, un sanctuaire de Ptah au nord, le grand temple d’Amon à l’est et le temple de Rê à l’ouest.
"Sa majesté a construit sa ville, placée entre la Syrie et l’Egypte. Je suis arrivé à Pi-Ramsès que j’ai trouvée extrêmement prospère. C’est un endroit magnifique qui n’a pas son pareil bien qu’il ressemble à Thèbes. C’est Rê lui-même qui l’a fondé. La vie dans la cite est agréable : ses champs regorgent de toutes sortes de bons produits ; elle est bien pourvue chaque jour en aliments. Ses canaux sont pleins de poissons et ses étangs d’oiseaux ; ses prairies abondent en herbages verdoyants qui atteignent une coudée et demie de hauteur (75 cm). Les fruits du caroubier ont le goût du miel. Ses greniers sont remplis d’orge et d’avoine dont la hauteur touche le ciel. Les oignons et les poireaux se ramassent, les fleurs s’amoncellent dans les jardins, comme les grenades, les pommes, les olives et les figues dans les vergers. La douceur du vin de Kaou-en-Kmet surpasse celle du miel. Les poissons ouadj de la Résidence nagent parmi les lotus (...), les eaux du lac d’Horus sont salées et les eaux du Paher contiennent du natron. Les navires quittent l’embarcadère et y reviennent." C’est ainsi que le scribe Pabessa décrivit la ville lorsqu’il y séjourna.
Pi-Ramsès est la capitale économique et politique du pays. Thèbes se cantonant à un simple rôle religieux. Cet éloignement voulu du pouvoir spirituel confirme la volonté de Ramsès II de gouverner sans partage et sans influence. La nouvelle capitale se veut la gardienne de l’empire et la première défense de la vallée du Nil contre une éventuelle invasion des Hittites, comme en témoigne ce discours de pharaon à Ptah : "Tu as construit une ville auguste pour fortifier la frontière du Double Pays, Pi-Ramsès. Puisse-t-elle prospérer sur terre comme les quatre piliers du ciel, Ta Majesté étant solidement établie dans son palais."
Au coeur de la ville, le grand parvis ou se déroulent les fêtes et les jubilés est rythmé par six obélisques en granit. Les colosses sculptés à l’éffigie du souverain se multiplient dans toute la cité. L’interieur du palais n’est que raffinement. Les murs sont ornés de peintures représentant des scènes bucoliques ; les mosaïques reproidissent des bosquets de lotus, des étangs poissoneux et des parterres de fleurs. Les vastes terrasses s’ouvrent sur le grand lac et les somptueux jardins du palais, un tourbillon de couleurs et de parfums émanant des parterres de roses, de camomille, de lotus, de lis et de pavots. Tamaris, eucalyptus, vignes vierges à grosses grappes et sycomore jouxtent les palmiers doum dont les larges ombrelles vertes se refletent dans les eaux des bassins.
Les portes et les fenêtres de toutes les maisons sont encadrées de dalles vernissées d’un bleu particulier qui a fait la réputation de la cité et lui a valu son surnom de "ville turquoise".