Léontopolis, l’ancienne PerRê-hze-mehet-lounou, « La Demeure de Rê qui est au nord d’Héliopolis », ne doit pas être confondue avec son homonyme plus septentrionale qui connut son heure de gloire sous la domination de la dynastie libyenne.
Les Hyksos ne s’y sont pas trompés...
elle qui dépend d’Héliopolis semble avoir été construite par le pharaon Ramsès III, souverain de la XXe dynastie, sur un site déjà habité sous la XIIe. Les Hyksos ne s’y sont pas trompés qui ont choisi de bâtir une forteresse, découverte par Flinders Petrie, sur cette position stratégique, qui protégeait la ville d’Héliopolis et donc la Haute-Égypte. Sous le Nouvel Empire, la vaste enceinte mesure près de 1 km de longueur sur 500 m de largeur. Ramsès III développe la cité en faisant défricher les terres avoisinantes. Bientôt la petite bourgade devient un marché agricole réputé pour ses fruits et ses légumes. Ces « terres neuves de Ramsès régent d’Héliopolis qui fait vivre le Double Pays », placées sous la tutelle d’Héliopolis, regroupent alors plus de 3 000 habitants dont un grand nombre d’étrangers et notamment des Hébreux.
Le site aujourd’hui
L’arrivée Onias IV
c’est sous le règne du pharaon lagide Ptolémée VI Philométor que la ville va connaître son apogée. En 147, le grand prêtre juif Onias IV, à la tête de ses soldats judéens, demande protection au roi d’Égypte. Il fuit son pays en proie à une grande agitation politique depuis l’assassinat de son père, Onias III, par le roi syrien Antiochos Épiphane. Onias IV est un militaire de grande va-leur et l’armée judéenne est restée fidèle à l’Égypte. C’est pour le remercier de cette fi-délité que Ptolémée lui accorde le droit de s’installer sur le site de Léontopolis, voué à la déesse Sekhmet.
« La butte aux Juifs »
Onias donne à sa capitale un essor important et y construit un magnifique temple copié sur celui de Jérusalem. Le nom actuel de Tell el-Yahoudiya, « la butte aux Juifs », confirme l’importance de cette communauté dont les maisons d’habitation, situées à côté du temple, sont défendues par un rempart. D’autres de-meures sont construites à l’extérieur, dans les palme-raies.
Quant au temple, défendu par un château, il est accessible par une longue rampe partant de l’extérieur de l’enceinte pour aboutir à un parvis qui dessert les deux édifices. Le temple de Yahvé, composé de cours et de salles en enfilade, est enfermé dans son temenos (enceinte sacrée qui protège le temple). Il est fait de pierres à bossages et couronné de merlons agrémentés d’un décor à rosettes. A l’extrémité des remparts, une porte fortifiée s’ouvre sur la campagne et sur les champs.
Stèle de la victoire de Meremptah, dite stèle d’Israël
A l’est de la ville se trouve la nécropole dont les tombes sont creusées dans le sol rocheux. Les stèles et les épitaphes retrouvées sur le site attestent également l’importance de la présence juive dans la cité. Dans les tombes, les corps, conformément à la loi judaïque, ne sont pas embaumés. Cette colonie fortement hellénisée et cultivée semble avoir joué un grand rôle dans cette région du Delta, les savants juifs faisant partie de l’élite intellectuelle de l’époque. Plus tard, Onias IV fut mis à mort par le Pharaon Ptolémée VIII Évergète II, peut-être pour avoir pris le parti de Cléopâtre II. Le temple est détruit par les Romains au ler siècle après J.-C.