Mesurant plus de 200 km de longueur, le Ta-ihet (le « pays de la Vache ») des anciens Egyptiens est située au cœur d’une vaste dépression cernée de massifs montagneux. Elle se compose de plusieurs petites zones cultivables nées autour de quelques sources entourées de palmeraies où se rafraîchissaient les caravaniers. Bien qu’assez réduit par rapport à la surface de l’oasis, l’espace utilisable, cantonné autour du village de Kasr eI-Farafra, n’en était pas moins apprécié des caravanes qui venaient de Dakhla, au sud, de Siouah, à l’ouest, et de Baharia, au nord.
La source de Bir Dikkar jaillit sur la piste qui mène à Dakhla et à EI-Kasr, principale localité de cette oasis. Celle de Bir Mourr, à l’est, était une étape obligée avant de se rendre dans la vallée du Nil. Enfin, la source d’AIn el-Ouadi, au nord-est de Kasr el-Farafra, dessert la piste qui conduit à Baharia. A une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Kasr eI-Farafra, la petite dépression d’Aïn Dallah, alimentée par deux autres sources - Aïn Dallah et Bir Labiyat -, constitue un relais majeur pour les caravanes cheminant vers l’oasis de Siouah, sur la route de la Cyrénaïque.
Peu de vestiges
Déjà sous le règne de Pépi II, pharaon de la VIe dynastie, il semble que l’oasis était placée sous le contrôle administratif de І’Égypte - on relève en effet l’existence d’un « intendant du pays de la Vache » -, mais sans que ce contrôle soit ni permanent ni réellement effectif. Il est plus sûr de penser que Farafra est aux mains de Libyens favorables à І’Egypte. Divers textes font état de l’existence de l’oasis et du rôle important qu’elle joue dans le trafic des caravanes se rendant vers la vallée du Nil et dans les différentes migrations des nomades du sud et du nord du désert libyque.
Quand au Nouvel Empire, plus précisément sous la XIXe dynastie, des hordes de Libyens se font menaçantes pour la sécurité de І’Egypte, le pharaon Mineptah, successeur de Ramsès II, envoie pour mater la rébellion une armée qui passe par les montagnes de Farafra. En fait de montagnes, il s’agit plus exactement du relief constitué par un plateau de grès entourant la dépression du pays de la Vache (le hiéroglyphe qui désigne le pays signifiant terrain plat).
Une économie pastorale
Comme son nom l’indique, cette longue terre plate, favorable aux pâturages où viennent paître les bovidés, appartient sans doute à ces habitants du désert, les Ouahatyou, qui chaque année se rendent dans les environs de la ville de Cusae (la Qis égyptienne), capitale du quatorzième nome de Moyenne-Egypte, située non loin de l’oasis, où leurs troupeaux trouveront des herbages plus accueillants.
Cette transhumance coutumière, rendue nécessaire par les conditions climatiques, peut s’expliquer par la présence de Libyens dans la vallée du Nil. En effet, dès la XIIe dynastie, des gouverneurs Libyens administrent la ville de Cusae. Sous l’impulsion du pharaon Amenhemat Ier, désireux d’asseoir sa domination sur les régions du désert libyque, ces puissants nomarques, qui n’hésitent pas à conserver leurs coutumes - habillement, armes, traditions-, jouent un rôle de premier plan dans les relations entre les Égyptiens et la population locale, en favorisant le commerce avec la vallée du Nil. Ils emploient une police composée en majorité de Medjaïs nubiens, grands chasseurs mais réputés surtout pour leur connaissance du désert. Certaines tombes de hauts dignitaires mises au jour près de Cusae témoignent, grâce à des peintures murales explicites, de la présence libyenne dans cette province égyptienne.
Les habitants de Farafra, comme ceux d’autres oasis, depuis longtemps attirés par les richesses de l’Égypte et la fertilité des sols fécondés par le Nil, sont nombreux à vivre sur les rives du fleuve et, de ce fait, entretiennent en permanence des relations commerciales avec leurs frères de sang. Ils seront par la suite un ferment subtil dans la lente infiltration qui aboutira sur la terre des pharaons à la création de La XXIIe dynastie libyenne, issue des princes de La ville d’Héracléopolis.